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TRIBUNE DANS « LE MONDE »

Candidats à l’élection présidentielle : « Mobilisez-vous contre l’alcoolisation fœtale »

Dans une tribune au « Monde », un collectif d’experts estiment que, en France, 8 000 enfants par an naissent avec des troubles du développement du cerveau dus à une exposition prénatale à l’alcool. Des handicaps totalement évitables.

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 03.04.2017 à 16h45 TRIBUNE.

Les enjeux liés au syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) sont considérables. Ce syndrome, et plus largement l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) décrits depuis 1968, en France, constituent la première cause de handicap évitable.
L’alcool, même à dose modérée, est un redoutable toxique pour le cerveau en formation pendant la grossesse, provoquant troubles intellectuels et comportementaux chez au moins 8 000 nouveaux enfants chaque année (1 % des naissances), et peut-être chez bien plus selon les dernières études réalisées en Italie et aux Etats-Unis (entre 2 % et 4 %). Ces troubles sont à l’origine de décrochage scolaire, de non-insertion professionnelle et de délinquance. Les économistes estiment leur coût annuel à 10 milliards d’euros pour la France.
Il s’agit d’un fléau mondial, mais la France, contrairement à de nombreux pays, dont le Canada, gère très mal ce grave problème sanitaire et ¬social. Dans notre pays, les risques de l’alcool pendant la grossesse sont méconnus du public et souvent négligés par les autorités de santé publique.
A La Réunion, en 2001, une dynamique collective innovante avait permis la création d’un réseau de prévention et de soins de proximité sous le nom de Reunisaf. Il avait bénéficié du soutien de Mme Simone Veil et reçu, en 2005, le Prix de l’Académie de ¬médecine pour la lutte contre l’alcoolisme. Grâce à la collaboration des ¬acteurs de la santé, du social, de l’éducation nationale, de la justice et des agents de proximité, plus de 75 % des femmes dépendantes avaient amélioré leur santé et des dizaines d’enfants étaient nés sans trouble. Les 3 millions d’euros dépensés en onze ans pour ce programme avaient permis de faire au moins 30 millions d’euros d’économie. Cette action a été suspendue en 2012, alors qu’elle aurait mérité d’être pérennisée et généralisée à toutes les régions françaises.
« La France ne peut continuer à ignorer les dégâts de ce fléau, les souffrances engendrées dans les familles et chez les enfants atteints à vie par ce handicap »
L’association SAF France est néanmoins parvenue à obtenir de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) la création, en 2016, de deux centres de ressources expérimentaux pour la prévention de l’alcoolisation fœtale, à La Réunion et en Nouvelle-Aquitaine.
Le centre de ressources de La Réunion, ouvert début 2016, est la première structure publique consacrée à la prévention et aux soins relatifs à l’alcoolisation fœtale. Son approche, beaucoup trop sanitaire, devra être complétée par une forte implication du secteur social.
Même si ces efforts récents sont louables, ils sont très insuffisants. Face aux enjeux sanitaires, sociaux, scolaires, judiciaires et économiques de ce fléau, la France peut-elle perdre chaque heure 1,3 million d’euros et rester indifférente à la destruction de 8 000 cerveaux d’enfants, faute d’une politique sanitaire et sociale adaptée pour prévenir ce syndrome ?
Mesdames, messieurs les candidats à la présidentielle, la France ne peut continuer à ignorer les dégâts de ce fléau, les souffrances engendrées dans les familles et chez les enfants atteints à vie par ce handicap. Les connaissances et les acteurs existent, des résultats probants ont été ¬démontrés dans les centres de ressources à l’étranger proposant diagnostic, accompagnement, formation et recherche. Seule manque une réelle volonté politique.
A cet effet, êtes-vous disposé-e, en tant que candidat-e, à :
Reconnaître publiquement l’importance de ce fléau évitable en dépit des groupes de pression économiques ?
Favoriser prioritairement les actions de prévention et d’information avant la grossesse, dont un logo beaucoup plus visible sur les bouteilles d’alcool pour rappeler aux femmes enceintes le danger de la consommation d’alcool pendant la grossesse ?
Créer dans toutes les régions françaises des centres de ressources performants s’appuyant sur l’expertise des acteurs de terrain en lien direct avec les besoins des populations ?
Renforcer la formation aux spécificités de ce handicap pour tous les ¬personnels de santé, le personnel des services de soutien aux personnes handicapées, les travailleurs sociaux, les personnels de police et de justice, les enseignants… ?
Suivre les recommandations de l’Académie nationale de médecine en date du 22 mars 2016 en déclarant l’alcoolisation fœtale « grande cause nationale », avec pour ambition de protéger la jeunesse et son avenir, et un seul mot d’ordre : « Tolérance zéro ¬alcool pendant la grossesse ».
Nous combattons au quotidien les TCAF et espérons que vous prendrez en compte l’urgence sanitaire, sociale et économique d’agir en amont pour que ce handicap évitable disparaisse de notre pays.

Le collectif de SAF France

 

Avec les soutiens de :
Pr Gilles Crépin, membre de l’Académie nationale de médecine, président de la Commission X (reproduction et développement), rapporteur du rapport de l’Académie nationale de médecine sur l’alcoolisation fœtale (2016).
Dr Philippe Dehaene, pédiatre à Roubaix, expert des TCAF, auteur du Que sais-je ? Alcool et grossesse.
Pr Stanislas Dehaene, membre de l’Institut (Académie des sciences), professeur au Collège de France, directeur de l’unité de neuro-imagerie cognitive, Inserm-CEA-université Paris-Sud.
Dr Ghislaine Dehaene-Lambertz, pédiatre, directrice de recherche au CNRS, neuro-imagerie du développement cérébral périnatal, Grand Prix de la recherche 2015 de la Fondation de France, prix NRJ-Institut de France 2016.
Pr Alain Grimfeld, président du comité d’éthique d’ADEF-Résidences, président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique.
Pr Axel Kahn, médecin et docteur en sciences, président de la Fondation internationale du handicap.
Pr Francis Puech, président de la Commission nationale de la naissance et de la santé de l’enfant, président d’honneur du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.
http://www.facebook.com/ETCAF, http://twitter.com/saffrance
Courriel : présidentsaffrance@me.com

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